Un coin de paradis...(paradis ?) au Sénégal (Sénégal ?)

Un coin de paradis…(paradis ?) au Sénégal (Sénégal ?)
Le stage de Jimmy, (un stagiaire de Toulouse, ex coloc à Thiès) consiste à faire des audits dans des hôtels haut standing, ce qui n'est pas une mauvaise chose pour nous : Julie, Marion et moi, puisque cela nous permet de squatter le week-end dans des chambres énormes avec frigo rempli de sodas et bières, à siroter un jus de mangues ou d'oranges pressées au bord d'une des nombreuses piscines énormissimes, sous les cocotiers, avec la mer et le bruit des vagues en toile de fond. Tout ça aux frais de la princesse biensur, merci Jimmy de t'être fait pote avec le personnel! Les cuisiniers sont tellement avenants qu'ils chargent même Jimmy de nous ramener parfois un plateau, avec un kilo de barbac, des frites, de la salade verte et de tomates, du pain, des mangues, bref, la totale. Merci Jimmy d'être aux petits soins avec nous, d'accord toi tu as le resto à disposition avec bouffe à volonté et à l'½il, mais c'est gentil de nous faire partager tout ça ! Voilà donc les bons plans.

Cela ne nous empêche pas de mépriser gentiment tous ces baufs qui viennent au Sénégal juste pour bronzer leur petit cul, faire trempette dans la piscine et ne surtout pas aller sur la plage, y'a plein de noirs ça risquerait de déteindre dans la mer ! Voilà comment tant de gens « connaissent » le Sénégal : petite musique africaine tamisée, à siroter un pastis sur un transat, avec parfois un petit tour à la boutique de l'hôtel pour ramener des souvenirs en disant : « Haaaaa, le Sénégal, quel beau pays ! ». Ils n'auront même pas goûté au tieboudiène puisque qu'aucun plat sénégalais ne figure sur la carte, quel sacrilège de repartir sans même en avoir entendu parler, le plat le meilleur du monde vous vous rendez compte ! Haaaa, je vous jure, ils auront tout raté.

Par contre, certains ne ratent pas les jeunes et jolies sénégalaises, ça c'est sur. De gros porcs toubabs, le bide proéminent qui sort de la chemise Ralph Lauren, l'½il brillant et le filet de bave au coin des lèvres en matant le magnifique joujou qu'ils se tapent sans scrupule. C'est comme ça qu'on voit un défilé de faux couples, pas d'amour, même pas de respect ni de considération, chacun y trouvant son propre intérêt : elle, abandonne son corps pour de l'argent, lui, abandonne son argent pour un corps. A vomir. On voit parfois l'inverse qui se produit, non non, pas de riche sénégalais avec une toubab, non ça n'arrive pas. Mais une vieille peau fripée par le soleil, le cheveu jauni, un corps qui se voudrait jeune caché dans des habits de jeunes, mais trahit par la peau pendante qui sort des petits hauts fashion, avec un jeune sénégalais tout frais, musclé et beau comme le jour (ou la nuit ?!). A vomir bis.
C'est comme ça que marche le tourisme à Saly, c'est le festival du slip métissé. Dans tous les resto on peut voir ce genre de spectacles : le vieux qui se gave de langoustes au champagne, avec sa petite sénégalaise qui ne touche pas à son assiette et regarde par terre, pas un mot ne s'échange au cours de la soirée, elle sait ce qui l'attend en rentrant.

Le pire, c'est que la justice interdit le tourisme sexuel...pour les enfants...mais...en public seulement ! Vous aurez compris la suite, cela signifie que dans des lieux privés, c'est open. Voilà donc comment de vieux toubabs louent des maisons pour se livrer à toutes sortes d'insanités avec des enfants. Cette fois-ci, non seulement je vomis, mais sur leur tête. J'ai vraiment honte d'être toubab des fois...
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# Posté le mardi 03 juillet 2007 15:33

Une journée à Thiès

On commence la journée par une matinée de boulot au conseil régional (eh oui, on est là pour bosser quand même !). Sauf que même pleines de bonnes intentions, il est difficile de travailler au vrai sens du terme. Entre les 40 degrés sans ventilateur, les gens qui défilent dans notre bureau et palabrent pendant des heures, les salutations et présentations à rallonge, les heures de la prière et surtout les pannes d'électricité qui durent la moitié de la journée, temps pendant lequel l'ordinateur ne marche plus donc pas de travail possible (oui oui), autant vous dire qu'il faut une sacré dose de patience, de motivation ou de résignation. Nous qui avons demandé un bureau pour éviter d'être dérangées par les voisins, potes, ou inconnus (Cf épisode Ass) qui passent nous voir ou qui vocifèrent dans la cour, je crois que la solution n'est pas la meilleure.

Chérif nous invite à manger chez Mami avec Samba pour le repas de midi. Décidément, après l'épisode soupe aux tripes et repas en double, on n'a toujours pas plus de chance. Vous ne devinerez pas ce qu'elle s'apprête à nous servir. Une petite idée ? Et bien pour me rappeler de bons souvenirs, la voilà qui pose un grand plat de soupe...aux tripes, comme la première qui avait failli me retourner les tripes justement. Et elle me demande avec un petit sourire en coin : « Tu aimes la soupe hein ? », « Oui oui, beaucoup, hummmm, miam ! quel plaisir d'en remanger ! », « C'est vrai ça, tu l'as aimée la première fois ? », « Un vrai délice, j'en rêve encore... ». Je regarde Julie qui se retient de rire et je me prépare à l'apnée pour avaler tout rond les morceaux de langue, les dents, les intestins poilus de ce cher mouton flottant. A croire qu'elle le fait exprès, dès que j'arrive enfin au bout de mon bol, le bide à moitié en vrac par l'effort surhumain que je viens de faire, elle me le rempli à nouveau à ras bord. Nooooon !!! Pitié ! Trop tard...je suis repartie pour une opération vidange en apnée. Puis c'est le rituel du thé à la menthe, un bon sevrage au kilo de sucre par dessus et me voilà en pleine forme, nausées à part.

Retour au « boulot » à 15h, ici rien ne sert de s'y remettre avant, chaleur et sieste oblige (quand on a vu ce qui est servi au repas, on comprend mieux).

On est invitées le soir à une réunion de femmes d'une association dont la voisine fait partie. Une cinquantaine de femmes en boubous colorés, aux coiffures élaborées (au Sénégal, les vrais cheveux n'existent pas, les femmes portent des perruques en tout genre, genre choucroute d'ailleurs), maquillées à outrance, mais pourquoi ? elle sont pourtant tellement belles au naturel. On reste assises là une heure dans leur cercle, on ne comprend pas bien ce qu'elles fabriquent, l'une d'entre elles se lève de temps en temps pour mettre de l'argent dans une boite et rien ne se passe vraiment. Jusqu'au moment où elles commencent d'un coup à chanter, taper sur une bassine renversée pour faire du tamtam et danser comme des folles.

Comme souvent au Sénégal, après des heures d'attente où rien ne se passe, on se sait pas par quel miracle tout se met en place d'un coup, et l'organisation se fait en un clin d'½il. Les voilà donc à danser sur une musique qu'elles improvisent avec les moyens du bord et qui pourtant est pleine de rythme et d'harmonie. Elles dansent le Mbalax avec une énergie époustouflante : danse sénégalaise au rythme de toutes petites percussions au son aigu. Elles semblent complètement possédées par la musique et entrent les unes après les autres dans le cercle pour en sortir en courant quelques minutes après, comme si elles prenaient soudainement conscience de leur état. C'est vraiment impressionnant de les voir bouger à une telle vitesse, on les croirait désarticulées et en mode accélération sur une vidéo.

Je prends conscience du faussé qui existe entre les femmes de 40-50 ans ici et en France. Les sénégalaises pètent littéralement le feu, rient aux éclats, chantent, elles ont une joie de vivre et une énergie hallucinantes. Elles bougent, les mains par terre et les fesses en l'air, elles viennent taquiner leurs amies en remuant leur gros popotin devant elles, elles relèvent leurs jupes pour montrer leurs pagnes, bref, elles sont coquines, belles, souriantes et pleines de vie, pas comme la française cinquantenaire de base grincheuse, blasée, bidochon, en vieille jupe de laine grise, le poil au menton et le cheveu gras que l'on trouve à tous les coins de rue.

Biensur, elles nous emmènent au milieu du cercle pour danser. Biensur on se ridiculise avec nos habitudes de danse occidentale (si on peut appeler ça danser, quand on a vu comme l'humain est capable de se désarticuler, je ne savais même pas que c'était possible !). On fait ce qu'on peut et surtout, on s'empresse de prendre de la musique sur notre ordinateur pour s'entraîner chez nous et avoir l'air moins ridicule aux prochaines occasions. On mange ensuite assises par terre autour de grands plats, comme d'habitude.
On avait invité des amis à manger, tant pis un bon plat sénégalais ne se refuse pas, une fois de plus à rajouter sur la liste des repas en double ! (on va vraiment finir obèses !)

On monte chez nous et on se déchaîne sur le mbalax, on a plutôt l'air de pantins mais au moins on se défoule un bon coup, ça nous a donné trop envie de les voir presque en transe ! Et puis vu la richesse du plat que l'on s'est empiffré, on a de l'énergie à revendre.

Puis on prépare le repas pour nos amis sénégalais. On leur fait croire qu'on a acheté le poulet vivant au marché (jusqu'ici c'est le cas en général) et qu'on l'a plumé et tué en le tapant contre les murs pour l'assommer, qu'il s'est réveillé et était encore à moitié vivant dans la casserole, que le deuxième est dans le tiroir pour le prochain repas. « Vous ne nous croyez pas ? Mais allez donc voir les plumes dans la douche ! ». Bref, ils nous croient à moitié et ont de plus en plus de mal à avaler. On se rend compte plus tard que notre blague n'était pas vraiment drôle, puisque les musulmans ne mangent que la viande halal, tuée d'une certaine manière pour respecter l'animal. Hum...tu m'étonnes qu'ils avaient la gorge serrée.

Puis on passe la soirée à échanger sur les différences dans les cultures, la religion musulmane, les modes de vie, etc. On apprend plein de choses intéressantes, et on se rend compte qu'on n'a pas du tout la même vision de la vie, c'est fou...Ils pensent que notre rencontre devait se faire, que c'est Dieu qui l'a voulu et que ça ne pouvait pas être autrement.

A force de parler avec des pratiquants musulmans, je me pose des questions sur ma façon de penser, sur mes raisons de vivre, sur mes croyances...Je trouve ça beau quelque part d'avoir de telles convictions, de s'imposer une telle ligne de conduite en suivant le Coran, de faire confiance en ce qu'ils vivent parce qu'ils « doivent le vivre ». Et quand ils me posent la question de savoir en quoi je crois, je me sens vide quand je réponds : « en rien, en la vie tout simplement ». J'ai l'impression d'être sur terre sans but particulier, sans raison et c'est troublant.

Mais je ne pense pas pour autant me convertir à l'Islam, je garde ma philosophie de vie qui me va bien malgré tout et...Inch Allah !

# Posté le mercredi 13 juin 2007 15:32

Modifié le jeudi 14 juin 2007 06:51

Des porcs au lac rose

Le Sénégal, c'est aussi les libanais. Suite à la colonisation, il reste beaucoup de sénégalo-libanais qui -soit dit en passant- sont les rois du commerce et créent donc pas mal de tensions. Tout ça pour dire qu'un pote sénégalais nous a présenté ses amis libanais, pas qu'un peu rois du commerce pour le coup. Voilà le tableau : mecs plein aux as, énorme jeep flambante neuve climatisée, portable qui fait ordinateur -calculatrice- table de dessin- GPS- micro-onde et j'en passe- bijoux en or et montre en diamants (bon j'exagère un peu). Bref, tout dans le porte feuille, rien dans le crâne. Leurs conversations se limitent à combien ils ont payé leur dernier portable, leur dernière voiture, ou leur record de vitesse pour tel trajet en voiture, et enfin comment ces arriérés de sénégalais vivent. De quoi passer un bon moment je vous assure.

Sauf, que voilà, notre pote Malik nous en présente d'abord un seul, qui nous invite au restaurant. Super repas, conversation à peu près normale, soirée potable. Donc on accepte la proposition pour une excursion au lac rose le lendemain, il faut avouer que le trajet en jeep nous facilite le trajet, car il n'y a pas d'accès possible en taxi 7 places (serait-on intéressées ? non...juste un petit peu).

Julie est malade toute la nuit, rebelotte avec le bide en vrac et tout le tralala, la pauvre... Décidément je touche du bois, mon petit bedon résiste. Elle décide de partir quand même après s'être vidé les entrailles, ça devrait aller mieux.

Nous voilà donc embarquées dans la jeep de Tony, le pote de celui avec qui on a mangé la veille. A eux deux, ils font la paire. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, c'est une catastrophe Thérèse. Déjà physiquement ils n'ont rien pour eux, mais alors quant à la mentalité, c'est à se taper la tête par terre. Musique genre danse-techno à deux balles, à fond dans les gros amplis, et ils te chantent toutes les paroles par c½ur (ce qui se résume à Kiss me, I love you, don't go away my baby or I will get crazy, ou une daube de ce genre). On commence à se regarder en coin avec Julie sans trop croire à ce qu'on voit, puis on joue le jeu et on se met à danser comme des cruches, ce qui les rend tout fiers ; percevoir l'ironie c'est trop leur en demander. Il roule comme le-pauvre-mec-en-grosse-voiture-qui-se-croit-tout permis, c'est à dire 150 Km/h sur des petites routes limitées à 50 (vu leur état, il vaut mieux respecter les limitations de vitesse). Mais non, monsieur je-me-crois-tout-permis fonce et dépasse tant qu'il peut les tacos sénégalais, en les insultant de tous les noms ces « moins que rien qui roulent comme des enfoirés », il manque de foncer dans la moitié, mais se croit tellement invulnérable dans son gros tas de carrosserie flambante.

A choisir entre les bus pourris et la jeep aux sièges de cuir, je fonce dans les premiers sans hésiter ! Les bus ont beau tomber en ruine -c'est vrai- on est tellement mieux dans l'ambiance locale et les chauffeurs ont beau rouler à l'arrache, ils trouvent une sorte d'anarchie organisée qui est moins inquiétante que les dépassements de monsieur.

On arrive finalement vivants, par je ne sais quel miracle. On fait un tour au lac, dont les reflets roses dus au sel sont à peine perceptibles (contrairement aux cartes postales avec un lac rose fluo). Des montagnes de sel entourent le lac, que les sénégalais extraient dans des conditions de travail vraiment difficiles. Derrière le lac, on peut apercevoir au premier plan de la verdure en abondance, et au second plan, des dunes de sables et la mer, c'est magnifique.
Le sel est tellement concentré que l'eau est dense, collante, piquante. Je mets mon pieds dedans et j'ai l'impression de l'enfoncer dans du caramel (mauvaise idée, je me suis coupé le pieds la veille, ça m'arrache !). Il y a de petites sources naturelles d'eau douce sur les rives où l'on peut se rincer, entourées par de la mousse vert fluo, et une végétation luxuriante : des bananiers énormissimes (15 mètres de haut) avec des régiments d'une vingtaine de bananes, des cocotiers, des eucalyptus aux fleurs rougeoyantes démesurées, on se croirait dans une jungle au milieu de l'Amazonie. Un petit coin paradisiaque... On en oublie presque la compagnie désolante de nos accompagnateurs.

Ils ont emmené une caisse entière remplie de sodas et bières avec glace, les baufs jusqu'au bout des ongles. Et quand je vous dirai qu'ils nous emmené faire du quad, je pense que vous ne serez point surpris. Je crois qu'on a rarement eu autant honte d'être dans la position de ceux qu'on taille tout le temps : riches touristes blancs qui arrivent en jeep, musique (de merde) à fond, servis comme des rois par les noirs, qui partent détruire gaiement les dunes de sable au bord de la mer et briser la tranquillité des petits gardiens de troupeaux de chèvres dans les dunes.

Bref, une fois dans notre vie on ferme les yeux et on se met dans la peau de ceux qui pratiquent ce genre de choses sans complexe. Ils veulent faire les cakes et nous impressionner, mais on se prend un quad pour deux avec Julie (à leur grand désarrois) et on fonce. Tant qu'à jouer aux pauvres touristes pollueurs et anti-écolo, autant en profiter. Et il faut avouer qu'on rigole, quand même. On trace comme des petites folles, ça a un côté agréable de lier l'adrénaline avec le paysage magnifique : les dunes, la mer, le lac rose au loin.

Puis dans la lignée, on va squatter la piscine du club et on mange au resto, une fois de plus invitées (deviendrait-on vénales ?!). Ils se posent là comme des rois (des porcs je dirais plutôt) et ils mettent une fois de plus leur musique du portable à fond, sans respect aucun pour l'entourage. On devient de plus en plus transparentes sur le jugement qu'on leur porte, notre patience a des limites.

Voilà donc une journée passée dans le luxe, le confort, la grande vie, après plus d'un mois à vivre dans la simplicité totale, au village ou dans les familles sénégalaises, bien souvent pauvres. La journée nous a donné la nausée : trop de richesse, trop de pauvreté humaine. On en ressort complètement dégoûtées, et impatientes de regagner notre modeste vie sénégalaise.

C'était quand même une bonne expérience (on apprend toujours quelque chose) et une belle leçon de vie : l'argent ne fait pas tout, au contraire, bien souvent il pourrit les rapports, empêche de profiter des petites choses de la vie qui n'ont pas de valeur marchande, mais qui sont pourtant les plus belles. Tout le monde le sait bien, mais c'est en passant d'un extrême à l'autre qu'on s'en rend le plus compte.

Alors au diable les restos, les belles voitures, les bières à outrance, le luxe éc½urant. On se casse et vous ne nous reverrez jamais ! Merci pour l'invitation, mais votre petit jeu a fait l'effet inverse, tout pour nous faire fuir...et vive le Sénégal anarchique dans toute sa splendeur, c'est comme ça qu'on l'aime !
Des porcs au lac rose
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# Posté le mercredi 13 juin 2007 15:30

Modifié le jeudi 14 juin 2007 06:49

Dans la série 2 repas.

Dans la série deux repas, on fait fort. On a été invitées chez un mec qu'on a connu au village et qui est sur Thiès pour faire ses études. On arrive dans une toute petite maison dans laquelle s'entasse une famille à rallonge
Premier repas avec la famille, à 12 autour d'un plat de riz aux cailloux, autant dire que je n'ai pas mangé beaucoup cette fois-ci, j'avais l'impression d'ôter le pain de la bouche de cette famille à rallonge vivant dans le noir, la poussière et la misère les uns sur les autres. Donc nous voilà partis après le repas pour aller chez sa s½ur, dans une maison à un million de kilomètres à pieds de chez lui.

On arrive dans une maison énorme, décorée richement et kitch à mort, ça s'est la règle ici : grosses fleurs –fausses biensur-, photos de femmes déguisées en Barbie (et c'est peu de le dire : maquillages rose, orange, sourcils violets dessinés jusqu'aux oreilles, bouche en cul de poule brillant, bref la totale), tapisseries chargées à mort -plafond compris- coussins en forme de c½ur, rouges à dentelles, et toute la panoplie d'objets du même goût. Hum, j'adore.
A cela s'ajoute la télé grand écran, les canapés en cuir et tout le tralala. Je ne peux pas m'empêcher de penser à l'injustice entre le frère qui se retrouve dans un taudis à manger des cailloux chez son oncle et la s½ur qui vit dans un palace chez sa tante. Mais il a l'air de le vivre très bien, encore une preuve que la richesse matérielle n'a pas une grande importance en Afrique, peut-être la première famille est-elle plus accueillante et plus humaine malgré la pauvreté ?

On s'installe dans les canapés moelleux, devant la télé, et voilà le deuxième repas qui arrive. Cette fois-ci on ne dit pas non, mon ventre crie famine, les cailloux c'est bien gentil mais ça ne tient pas au ventre. Je pense à cette pauvre famille qui elle, n'a pas le droit à un deuxième repas...On s'empiffre donc de poulet gras, frites et salade quand même pour se donner bonne conscience, on discute un peu et on est reparti sur la route pour le marathon en sens inverse. On passe devant un groupe de bayfales, une des différentes formes de pratiques musulmanes qui existent. Ils se regroupent très souvent dans la rue pour jouer de la musique religieuse, tamtams et chants, c'est impressionnant de les voir lancés dans leur ronde musicale, à danser comme des fous, en plein milieu de la route et de la nuit, sans que personne ne dise rien pour le bruit causé, respect de la religion oblige.

On rentre le ventre bien plein, les oreilles cassées, et les pieds fourbus.
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# Posté le jeudi 07 juin 2007 06:18

Shakespeare version musulmane

La journée commence par une invitation à manger chez Mami. On monte dans la voiture de Samba cette fois-ci, ça change du taxi déglingué. Elle a invité les amis de chérif aussi, tous des ministres ou des amis de personnages du genre. On regarde les info à la télé, flash sur la réunion qui s'est passée à Dakar la veille. On voit Chérif qui signe un accord devant la caméra, aux côté du ministre de machin et de truc.
On est tous là assis sur une natte devant la télé et ils font des commentaires sur celui-ci qui a grossi et celui-là qui a bien mal vieilli, quant à l'autre, il était très mauvais goal au foot quand ils étaient gamins, et puis le ministre untel était toujours partant pour aller danser le Mbalakh sur la piste des boîtes de l'époque. Je vous jure, ça fait déjà drôle de partager un repas avec le gratin sénégalais, mais quand c'est assis sur une natte, à manger avec les doigts dans un plat commun, alors là ça prend des airs de n'importe quoi.

En tout cas c'est une des choses que j'aime au Sénégal : même le mec le mieux placé, riche ou important dans son domaine, garde un côté super humain et humble, vraiment accessible. On les voit pieds nus en boubou, courir pour être à l'heure de la prière du soir, puis s'agenouiller sur leur petit tapis et prier. Ou alors ils gardent toute la journée dans la main leur collier de perles à connotation religieuse, qu'ils triturent comme un enfant le ferait avec son doudou.

Bref, nous voilà donc assises par terre avec des ministres en train de baffrer un énorme plat de poulet frites sur lit de salade verte et tomates. Mais le pire n'est pas venu. Le truc le plus drôle dans l'histoire, c'est le quiproquo. Quoi donc ? Un truc qui serait complètement farfelu en France et qui pourtant doit arriver fréquemment en Afrique. Du moins chez les musulmans. Une petite idée ?

Et bien voilà, après s'être littéralement goinfrés de l'énorme plat, de melon, mangues, thé vert au kilo de sucre et j'en passe, on se lève et on part. Jusqu'ici tout va bien, bien que l'estomac traînant par terre et le fait de partir un peu comme des pets, mais plus rien ne m'étonne ici. Jusqu'au moment où l'on apprend que l'on nous emmène chez la deuxième femme de Chérif pour...un deuxième repas !!! Samba avait mal compris, et voilà comment sur un malentendu, on se retrouve les mêmes ministres et toubabs autour du même plat (en plus ! à croire qu'elles se sont donné le mot !), à rebaffrer comme si on n'avait pas mangé avant pour ne pas vexer la cuisinière. Une certaine complicité et regards croisés s'installent entre nous comme si on était d'un coup devenus potes. Tu m'étonnes, situation assez comique quand même ! Mon estomac va cette fois-ci éclater à coup sur, surtout après une deuxième tournée de melons et mangues et thé vert au kilo de sucre. Décidément, elles doivent bien connaître les goûts de Chérif...
Ce sont les aléas de la polygamie...être, ne pas être ou être de partout en même temps ? Telle est la question...
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# Posté le mercredi 30 mai 2007 16:26